lundi 1 juin 2020

Le Coq-Héron n°240 : Tuer les Mots

Erès - Mai 2020


Ivan Klima a créé une formule : « la langue simiesque où quelqu'un fait semblant de parler et quelqu'un fait semblant d'écouter ». Walter Benjamin disait que ce que nous lisons le matin est le produit du viol des mots pendant la nuit. Karl Kraus, implacable défenseur de la langue, qui a été assisté dans ses conférences par des auteurs comme Canetti, Musil, Benjamin, a fondé une revue pour défendre la langue et les mots. Chaque génération est confrontée à la possibilité de la fin des mots et au retour de la force brute sans médiation. De toute évidence, la nôtre n'échappe pas à cette perspective. Les attaques aux mots et, en fin de compte, la hargne contre la possibilité de penser sont bien présentes. Avec les nouveaux outils de communication de masse, les prétendus réseaux sociaux (ou toiles d'araignées) semblent confirmer le sombre diagnostic de Heidegger : le logos est devenu prosa et maintenant reden (blablabla). Tuer les mots par le mensonge, l'hypocrisie, la froideur, l'indifférence, les fake news, les différentes « narratives », le négationnisme, le révisionnisme, etc., c’est aujourd'hui monnaie courante. Où sommes-nous, nous psychanalystes ? En voie de perdre notre raison même d'exister ? Sommes-nous en mesure de d'évaluer l'étendue de la détresse une fois que chaque mot dit tout et son contraire ? Ce numéro aurait la vocation – en suivant très humblement Viderman, comme des naufragés dans une île perdue – de lancer une bouteille à la mer.

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mercredi 27 mai 2020

Jean-Claude Rolland : Langue et psyché. Instantanés métapsychologiques

Ithaque - Juin 2020


Quelle place occupent pour le fonctionnement psychique ces ingrédients que sont, d’une part l’image – et la sensorialité en général –, d’autre part la langue et la parole qu’elle permet ? Bien que banals ces « matériaux » demeurent scientifiquement mal connus. Jean-Claude Rolland s’attèle précisément à les éclairer à partir de la psychanalyse dans sa visée psychothérapeutique, mobilisant également l’histoire de l’art qui, au-delà de son projet esthétique, concourt à changer l’homme et son monde intérieur. Car le pouvoir de guérison de la cure analytique tient paradoxalement à un effet physique : le renouvellement incessant des images que produit le travail du rêve, la vivacité de la parole qui, issue de sa mémoire inconsciente, anime l’analysant s’adressant à l’analyste restructurent en profondeur ce que Freud appelait l’appareil de l’âme. Dès la rédaction de L’Interprétation du rêve, Freud avait saisi la nécessité pour l’analyste de se doter d’une opération de pensée capable de déchif¬frer ces opérations archaïques qu’il définit comme une spéculation métapsycho-logique ; il ne cessa plus dès lors d’approfondir ce concept dont l’efficience pourrait être comparée à une véritable radioscopie de l’âme. Cet ouvrage reprend cette ouverture de la recherche freudienne qui offre à l’analyste les moyens d’une écoute analytique, c’est-à-dire interprétative.

Jean-Claude Rolland, né en 1941 à Lyon, est psychiatre psychanalyste, ancien chef de clinique à la faculté de Lyon, membre titulaire de l’Association psychanalytique de France et de l’Association psychanalytique internationale. Entre 2000 et  2014, il a dirigé avec Catherine Chabert la revue bisannuelle Les Libres Cahiers pour la psychanalyse. Auteur de nombreux articles et essais, il a notamment publié Avant d’être celui qui parle (2006), et Quatre Essais sur la vie de l’âme (2015), parus chez Gallimard.

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lundi 25 mai 2020

Otto Rank : Don Juan, précédé de Le Double

Petite Bibliothèque Payot - Mai 2020


Nous pensons tous avoir une part d’ombre, un autre que soi contre lequel il faut lutter. De qui ou de quoi avons-nous vraiment peur ? Entre psychanalyse et littérature, les deux essais classiques d’Otto Rank publiés ici, « Le Double » (1914) et « Don Juan » (1922), étudient, l’un, le thème du dédoublement de la personnalité, le mythe du jumeau, la croyance en l’immortalité du moi, et l’autre, à partir de réflexions sur l’opéra de Mozart, la série des incarnations artistiques de Don Juan.

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dimanche 24 mai 2020

Quarto n° 124 : Noces avec l'un

Revue Quarto Huysmans - Mai 2020


« Il y a, c’est une constatation, l’outrepasse, et de ce fait elle conditionne l’expérience analytique dès qu’elle s’instaure ». C’est ainsi que Jacques-Alain Miller commençait son cours du 4 mai 2011, que nous reprenons en ouverture de ce numéro et qui servira de texte d’orientation pour la lecture de nos deuxième et troisième rubriques, l’une consacrée à une soirée d’enseignement des Analystes de l’École et l’autre aux interventions dites À la première personne lors des J49.

Suivront deux interventions consacrées à Agnès Varda, où l’on repèrera, dans sa manière toute singulière de filmer les interstices, les petits riens qu’elle transforme en trouvaille, qu’y’a d’la femme.

La cinquième rubrique, qui reprend une Conversation du TYA, est consacrée aux Addictions, au retour du même qui fait la racine du symptôme. Mais sans doute y a-t-il différentes cliniques de l’addiction : côté réel, côté symbolique ou côté imaginaire, et différents nouages possibles entre ces trois dimensions.

Enfin, nous terminerons ce numéro sur un très beau moment de poésie, l’intervention de Pascal Quignard aux J49.

Sommaire

Éditorial
Monique Kusnierek

L’orientation lacanienne

Jacques-Alain Miller : L’outrepasse ou la passe dépassée

Enseignements des Analystes de l’École

L’inconscient au-delà du sens. Un nouvel amour
Avec la participation d’Éric Laurent

Clotilde Leguil et Éric Laurent : Présentation de la soirée
Myriam Chérel : « J’aurai fini mon analyse le jour où j’accepterai de me marier »
Daniel Pasqualin : « Faire l’amour plus digne que le foisonnement de bavardage »
Bénédicte Jullien : L’amour de la langue
Dalila Arpin : Être décalée
Clotilde Leguil : Le nouvel amour, un amour qui fait point d’arrêt

Après la passe

À la première personne
Interventions aux J49

Alain Merlet : D’un mur à l’amur
Anaëlle Lebovits-Quenehen : Depuis Rage against the machine
Anne Lysy : « Encore ! »
Bernard Lecoeur : Je fais la passe
Bernard Porcheret : La mort, masque du féminin
Danièle Lacadée-Labro : D’une disparure à l’indicible
Esthela Solano-Suárez : « Se dépêtrer des mirages de l’être »
François Leguil : Un phénomène rudimentaire
Guy Briole : De toujours, je me souviens
Hélène Bonnaud : Revenir de loin
Jacqueline Dhéret : « Étonnons-nous des soirs mais vivons les matins »
Marie-Hélène Blancard : Forêt obscure
Marie-Hélène Roch : Lettre ouverte
Marie-José Asnoun : L’intraitable féminin
Michèle Elbaz : Corps et contingences
Monique Kusnierek : De la sauvagerie
Patricia Bosquin-Caroz : S’impliquer, envers du laisser tomber
Patrick Monribot : Déconstruction
Philippe Stasse : Un petit grain de fantaisie
Rose-Paule Vinciguerra : Passion du pas-tout
Sonia Chiriaco : L’Autre
Véronique Mariage : La voi(e)x du silence
Yasmine Grasser : Résonance

Agnès Varda et la féminité

Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi

Omaïra Meseguer : Cléo de 5 à 7, une femme au bord…
Daniel Pasqualin : Sans toit ni loi, sur l’illimité féminin

Addictions

Conversation du TyA à Bruxelles, février 2019
« Résultats, idées, problèmes »
Avec la participation de Marie-Hélène Brousse

Jean-Marc Josson et Céline Danloy : Ouverture et présentation du thème
Marie-Hélène Brousse : Introduction
Hélène Coppens : Être entouré
Simon Flémal : Dorian, un usage du produit entre tranquillité et mortification
Claire Nguyen : « C’était… une déchirure »

Le sexe de la femme, une énigme française
Intervention aux J49 . Pascal Quignard
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vendredi 15 mai 2020

Christian Fierens : Tenir pour vrai

Hermann - Mai 2020


Qui veut mordre dans la vérité avec son seul savoir finit par se casser les dents. Freud l’a éprouvé avec l’homme aux loups, non sans ouvrir les pistes les plus fécondes pour toute pratique qui veut agir en vérité. On croit qu’il serait possible de comprendre, d’enfermer la vérité dans un dispositif théorique ou de contenir l’inconscient dans un appareil psychique. Il n’en est rien. La vérité échappe inexorablement. Nous ne pouvons que tenir pour vrai ce qui ne l’est pas tout à fait. « Nous savons », « nous croyons », avec ou sans conviction. Ces « tenir pour vrai » ratent toujours la vérité.
Loin d’être seulement des échecs, ils trouvent leur efficacité dans la force de l’inconscient qui pousse à inventer. Comment inventer à partir de l’inconscient qui nous échappe ? Ce questionnement intéresse les psychanalystes, les philosophes et tous les tenants de la vérité.

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mardi 12 mai 2020

Xavier Blondelot : Une société sans mort. les aléas de l'amort

Champ social Editions - Juin 2020


Depuis l’aube de la modernité, la mort est tendanciellement disqualifiée. Mort tabou, mort interdite, déni de la mort, les mots ne manquent pas pour évoquer la mort et son rejet.
Ce livre met en perspective le traitement contemporain de la mort au regard de la psychanalyse, en appui sur divers travaux d'historiens, de philosophes, en lien avec la littérature et à la lumière des expériences personnelles relatives à la mort. L’analyse des pratiques entourant la mort et leur abandon vient questionner la volonté de l’homme de la dépasser par la technique. Une des questions centrales porte sur la façon dont les sujets parviennent à composer avec le rejet de la mort, à inventer une solution somme toute personnelle pour composer avec la perte. Dans une époque marquée par la solitude et l’érosion du vivre ensemble, la mort aujourd’hui nous réduit irrémédiablement à une affaire personnelle.

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