mardi 11 août 2009

La revue nationale des Collèges cliniques, n° 8 - 2009

La part de l’Inconscient dans la clinique



Éditorial
Marie-José Latour

Cette revue nous porte au coeur du concept qui structure le champ de l’expérience analytique : das Unbewußte . À l’écoute de ce qui rêve, de ce qui rate, de ce qui rit, Sigmund Freud découvre, voilà plus d’un siècle, l’inconscient.
Mais l’inconscient, keske C ? Pour Freud, c’est une hypothèse, une supposition, qu’on ne peut réduire à ses manifestations. Il faudra l’enseignement de Jacques Lacan pour dégager l’inconscient de sa caractéristique négative et prendre la mesure de cette nouveauté sans précédent.
À nommer une aporie, Freud pose ce geste inouï qui donne à la clinique son orientation éthique. En écoutant les hystériques, il découvre qu’il y a des symptômes qui tiennent à l’implication de l’organisme humain dans le rapport du sujet au langage. Par la logique du signifiant, Lacan s’attache à remettre Freud sur pied et donne à la technique freudienne du déchiffrage sa fondation : « L’inconscient est structuré comme un langage. »
Freud a posé d’emblée que, s’il relève de l’écrit, l’inconscient, n’en déplaise à la neurobiologie, n’est pas réductible à un système de traces, de souvenirs. De se nouer avec le réel et avec le corps, tout ce que chiffre l’inconscient n’est pas lisible. Ainsi Lacan ajoutera-t-il à son aphorisme une réserve. Si l’inconscient s’interroge comme du savoir, c’est un savoir impossible à rejoindre, l’effet de sens obtenu ne résorbant pas la part de non-sens qui subsiste. Au fur et à mesure que Lacan conceptualise l’invention freudienne, il propose de nouvelles définitions de l’inconscient : le discours de l’Autre, la vérité, le non-réalisé, le parlêtre, l’insu, l’une-bévue, etc., qui sont autant de mises en échec d’une conception de l’inconscient comme réservoir de sens.
L’inconscient se construit autour d’un trou, le refoulement originaire ; l’ombilic est ce point où le rêve est le plus près de l’Unerkannte, le non-reconnu, ce qui ne peut ni se dire ni s’écrire, ce point d’opacité qui ne peut en aucun cas être dit et qui est à l’origine du langage. Le traitement (refoulement, démenti ou rejet) de ce point de forclusion structurale détermine les modes d’assujettissement (névrose, perversion ou psychose) à la structure.
Ce qui crée la structure, c’est la manière dont le langage émerge au départ chez un être humain. La façon qu’a eue le sujet de se laisser imprégner par le langage, ce qu’il s’est laissé suggérer par la langue qu’il a apprise à parler, induit dès le départ un rapport entre les mots et le corps. Si l’inconscient est un savoir-faire avec « lalangue », ce qui dans le langage n’est pas réductible à la communication, le terme d’une cure analytique ne saurait donc se confondre avec l’épuisement de son déchiffrage mais serait plutôt de l’ordre d’une identification à sa part de réel irréductible.
Voilà le parcours que les articles qui suivent nous invitent à faire. Chacun des auteurs y témoigne de l’inouï de la découverte freudienne et de la tâche qu’il revient à chaque psychanalyste de soutenir. Christian Demoulin en témoigne ici une dernière fois.
Nous lirons en effet l’article que, malgré la maladie, il avait bien voulu nous confier quelques mois avant son décès le 16 septembre 2008. Son implication jamais démentie dans la transmission de la psychanalyse et dans les Formations cliniques du champ lacanien, son énonciation, son style nous manqueront.

SOMMAIRE

I Présentation
Présentation des collèges cliniques du Champ lacanien, Jacques Adam

Éditorial, Marie-José Latour

II Travaux des collèges cliniques de France et des espaces cliniques associés

La découverte freudienne

De l’importance du grain de sable, Colette Chouraqui-Sepel
Un graphe remarquable : le schéma de la représentation de mot, Frédéric Morera

L’inconscient, ça parle.

Ah, la lettre !, Bernard Nominé
Le sujet obsessionnel et le maître inconscient, Sol Aparicio
“Et la nuit je suis un héros...”, Marie-Christine Hut

De Freud à Lacan

Deux inconscients ?, Christian Demoulin
L’inconscient selon Lacan, ou « l’instance de la lettre comme raison de l’inconscient » ?, Éliane Pamart
« Toujours à la gomme, jamais aux p’tits oignons », Stéphanie Gilet-Le Bon
Le colloque de Bonneval, moment crucial du concept de l’inconscient, Jean-Jacques Gorog
Les haleurs du réel, Albert Nguyên

Des noms de l’inconscient

Famille, un nom de l’inconscient ?, Jean-Michel Arzur
De l’inconscient au parlêtre, ou l’inconscient à sa place, Marc Strauss
La vérité de l’Un-conscient, Jacques Tréhot

Le mystère du corps parlant

Habeas corpus, Laurence Mazza-Poutet
L’inconscient et l’événement de corps, Colette Soler
La jouissance de l’inconscient, Fabienne Guillen

L’inconscient et le psychanalyste

L’inconscient implique qu’on l’écoute, Muriel Mosconi
L’inconscient et ses Dieux, Nicole Bousseyroux
L’inconscient et la (barré) femme, Pascale Leray

L’inconscient, la lettre, le réel

Philippe le Clair, Le parlettre ou l’inconscient au clair de la lettre, Michel Bousseyroux
« Impossible à saisir... », Anne-Marie Combres
Le rêve dans le pavillon rouge, Marie-José Latour
Désabonnement à l’inconscient, Claude Léger
La lettre dans l’inconscient, Luis Izcovich

III Sommaire des numéros antérieurs

IV Renseignements pratiques sur les collèges de clinique psychanalytique du Champ lacanien

V Les auteurs

Aucun commentaire: