samedi 16 avril 2011

La détresse, aux sources de l'éthique

Monique Schneider

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Avril 2011 – Seuil – 22 €

L’expérience de la souffrance semble de celles qui, comme la faim, sont immédiatement données. Freud montre au contraire dans Esquisse pour une psychologie scientifique (1895) que l’accès à un tel éprouvé, qui s’ouvre sur l’émotion qualifiée de « souffrance », ne peut avoir lieu sans « l’être proche », qui reconnaît cette souffrance.
Ainsi, c’est l’exigence éthique de l’attention portée à l’être souffrant qui rend possible l’expérience de la souffrance, c'est-à-dire sa reconnaissance et sa verbalisation éventuelle. Sans l’être proche, l’état de détresse, qui correspond à l’expérience originaire du réel, déboucherait sur une anesthésie hébétée, tels l’hospitalisme ou certains états psychotiques. Les conséquences de cette analyse sont considérables :le psychisme est un ensemble de processus de structuration rendant nécessaire la présence de l’autre, ce que l’on sait bien depuis Lacan, mais qui est souvent négligé dans l’apport qu’on attribue à Freud ; l’autre apparaît dans une dualité dramatique, puisqu’étant celui qui peut reconnaître et éventuellement réparer la souffrance, il est aussi celui qui peut renier l’enfant quand il répond à sa souffrance par un cri de détresse ; enfin, l’expérience de la souffrance place le jeune enfant au seuil du jugement (c’est à partir de la dualité première où plonge la souffrance que se construit la possibilité de l’attribution, du jugement).

(Editeur)

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