lundi 21 novembre 2011

La perversion sadomasochiste - L'entité et les théories

Franco De Masi

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Octobre 2011 – Ithaque – “Psychanalyse” – 24 €

A l'opposé des hypothèses avancées par Robert Stoller (selon laquelle la perversion est une forme érotique de la haine) et par différents chercheurs contemporains, Franco De Masi soutient que la perversion est éminemment anobjectale : si la haine est bien un sentiment dirigé contre un objet, le véritable pervers sadique ne s'intéresse absolument pas à sa victime ; il ne la hait pas, pas plus qu'il ne hait à travers elle un quelconque objet, plus ou moins originaire.
Pour De Masi, la perversion sadique n'a rien à voir avec le développement de la psychosexualité ; dénuée de toute signification évolutive ou régressive relativement à une phase ou à une position données, elle n'est pas l'expression d'une fixation et pas davantage celle d'une défense contre des risques d'anéantissement. Née d'une destructivité primaire qui se dévoile à travers des états sexualisés de l'esprit, elle est le visage pur de Thanatos.
Si Freud avait situé la perversion dans la continuité du développement " normal ", avec ses conflits, ses angoisses et ses mésaventures - l'ayant pour ainsi dire " dépathologisée " comme une possibilité intrinsèque et irréductible de l'être humain -, De Masi la rend définitivement pathologique, sous la forme d'un noyau destructif indépendant du cours du développement psychosexuel et relationnel ou des aléas de la vie mentale " normale ".
Aussi, contre une bonne partie de la littérature psychanalytique, De Masi refuse-t-il toute continuité entre la sexualité normale et la sexualité perverse et affirme la différence essentielle, sur le plan clinique, entre la véritable perversion sadomasochiste (dite " structurée ") et le domaine plus fluctuant et varié des agirs et des comportements pervers épisodiques et défensifs, à caractère compulsif, symptomatiques d'états dépressifs ou d'angoisses de dissolution (comme il arrive dans les états limites).
Après un examen attentif des diverses hypothèses psychanalytiques sur la perversion, De Masi avance ses propres thèses, pour la distinguer clairement de la nébuleuse de haine, d'agressivité ou de contrôle des objets plus ou moins sadomasochistes qui se manifestent dans une série assez complexe, mais plus courante, de scénarios relationnels ou de situations cliniques (comme dans la mélancolie). Ses hypothèses radicales, inspirées notamment des travaux de Meltzer, constituent sans doute une contribution fertile, et pleine d'érudition, à la compréhension de cette pathologie.

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