samedi 21 avril 2012

Des expériences intérieures, pour quelles modernités ?

Julia Kristeva (dir.)


Avril 2012 - Cécile Defaut (Editions) - 22,40 €

Philosophe, photographe, physicien, psychanalyste, anthropologue, historien, traducteur, architecte, linguiste, chacun de ceux qui parlent ici - ils ont donné une conférence au centre Roland-Barthes dans la première décennie du XXIe siècle -, vient renouveler l'approche du sujet dans l'espace de la langue ; en d'autres termes, élargir en le questionnant le spectre des expériences intérieures.
Et si celui qu'on appelle " le sujet ", qui s'obstine encore à chercher sa condition hors du monde, se tenait tout à la fois entre sens et insignifiance ? Les " photos sans intention " de Raymond Depardon y invitent, comme la vanité de " l'égotisme " des philosophies du sujet pointées par Vincent Descombes, ou les " incantations au grand tout moniste " qui amusent Etienne Klein. " Une langue, ça n'appartient pas ", rappelle Barbara Cassin par la voix de Derrida, tandis qu'Irène Catach Rosier ranime l'efficace des langues après Babel.
Anne-Lise Stern souligne la compétence de la parole à panser/penser contre l'impensable, Carlo Ossola l'infini palimpseste sur lequel se trace toute écriture, et Jean Nouvel l'effort de la transmission des symboles dans la sédimentation des lieux. L'énergie de la langue passe, pour Jean-Michel Deprats et François Marthouret, dans " le dire du théâtre ", et risque sa puissance sous le tranchant de la traduction.
Alain Corbin redit que " l'écriture de soi " a naguère rêvé de soigner le plaisir solitaire ; mais Lionel Naccache interpelle " le sphinx interprète ", et Bernard Brusset réveille l'inconscient freudien. Les modernités ne sauraient faire sans le sujet parlant, et sans le langage qui opère sur lui.

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