samedi 9 décembre 2017

Abords n° 35-36 : La psychanalyse vivante. Qu’est-ce que psychanalyse au XXIe siècle ?

Association de la Cause freudienne - Décembre 2017



"L’époque change et le lien social avec lui, modifiant le vivre ensemble. Personne ne croit plus au père et les idéaux se sont effondrés avec lui. Les idoles contemporaines que sont la science et le capital laissent les sujets déboussolés. Solitude, ennui, angoisse ou affolement de la pulsion dérégulée sont les noms du malaise dans notre civilisation. Alors que peut-on attendre de la psychanalyse au xxie siècle ? Jacques Lacan a poussé plus loin la doxa freudienne en revisitant les questions du corps, de l’inconscient, du transfert, etc., pour nous permettre d’inventer une psychanalyse en prise avec son époque grâce à un corpus conceptuel qui nous donne des outils pour la penser. Le concept de jouissance en particulier constitue une clé de lecture précieuse qui tient compte d’un réel incontournable dans le rapport à l’Autre. La conférence de Gérard Wajcman sur le collectionneur d’art et sa collection nous met sur la piste de cette part obscure, au-delà de toute mesure, qui inscrit, toujours en creux, une perte. Lacan a donné à cette marque singulière le nom de jouissance, cause du désir et le collectionneur nous intéresse comme figure du désir en tant que désir de l’étranger en soi. « Collectionner abolit non seulement les frontières, mais fait tomber les murs de nos propres maisons, ouvrant portes et fenêtres pour accueillir chez soi, et en soi, d’autres regards, des regards d’ailleurs qui nous ouvrent les yeux. »
Poursuivant votre lecture des textes de ce double numéro d’abords, vous découvrirez combien Lacan, lorsqu’on le suit jusqu’à son dernier enseignement, est pertinent pour nous orienter dans les questions qui sont les nôtres aujourd’hui. En voici quelques-unes.
Qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme, lorsqu’on se réfère à la doxa lacanienne ? Dalila Arpin parcourt le tableau des formules de la sexuation de Lacan pour nous livrer une lecture des mathèmes susceptibles de nous orienter quant à ces questions. L’amour, avance-t-elle, peut être cette expérience qui ouvre sur la figure de l’Autre en soi, sur cette part de jouissance qu’une femme éprouve sans pouvoir rien en dire. Les lettres d’Hannah Arendt à Martin Heidegger témoignent de cet amour passion qui se voulait plus fort que la mort. Qu’en est-il des nouvelles modalités de rencontre des parlêtres au XXIe siècle ? La conférence d’Esthela Solano-Suárezinterroge comment on fait couple aujourd’hui alors que la technologie met sur le marché toujours plus d’objets connectés qui font promesse de sortir de l’isolement les sujets contemporains. Il se pourrait bien que ce ne soit qu’un « marché de dupes » et que le sinthome soit tout ce que le parlêtre peut inventer pour faire couple et rencontrer « une solitude féconde au sens où elle peut ouvrir vers l’infini d’une autre solitude ». Comment psychanalyse-t-on au XXIe siècle ? La conférence de Patrick Monribot reprend dans une langue limpide et ciselée ce que Lacan a pu développer sur le corps dans son enseignement : depuis le corps du stade du miroir, en passant par le corps décerné par le signifiant, jusqu’au mystère du corps parlant, produit de l’impact du réel de la langue sur le corps. La direction de la cure s’en trouve changée, même si le dernier enseignement de Lacan intègre ces différents temps. « Analyser le parlêtre, ce n’est pas la même chose qu’analyser l’inconscient structuré comme un langage. » L’analyste du XXIe siècle « mouille sa chemise au sens d’y mettre son corps en acte ».
Cette mise en présence des corps parlants dans l’expérience analytique est le gage d’une psychanalyse encore et toujours vivante : pour chacun, dans les cures, mais aussi pour la psychanalyse dans son époque. Une abondante moisson de textes vient donc témoigner de ce qui s’est dit et écrit en MAP entre l’automne 2015 et l’hiver 2016. Elle porte la trace de ce qui se produit de vivant grâce à l’orientation lacanienne. Elle attend de te rencontrer cher lecteur." Elisabeth Pontier

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