dimanche 23 février 2020

Surgence n°18 : Le Witz

Libre association freudienne - Février 2020


D’où est venu à S. Freud ce désir de concevoir très sérieusement Le Witz dans sa relation avec l’inconscient ? L’après-coup qui nous a conduit à délaisser l’intitulé de ces journées « Faire Witz » tient au titre même de l’oeuvre freudienne « Le Witz », séduisant par son urgence, mais porteur d’un paradoxe fondateur…
Ce désir lui est sans doute venu d’une « autre scène », directement impliquée dans ce « mot d’esprit », qui n’était avant lui que « bel esprit », pour devenir une formation de l’inconscient au même titre que le rêve ou l’acte manqué. En effet, on dit « faire un mot d’esprit », mais l’intentionnalité latente et l’anticipation supposée du transitif « faire » sont incompatibles avec la surprise et la fulgurance du Witz freudien. On ne « fait » pas un Witz, il « se fait » à l’insu de qui l’énonce, et à l’adresse de qui veut bien l’entendre.
Il s’origine donc dans un lieu « Autre », qui justifie ici pleinement sa définition lacanienne de « trésor du signifiant » ; dont le trait traverse un locuteur/passeur, surpris par l’effet qu’il suscite chez un auditeur que « l’inouï » de la trouvaille articulée peut – par le gain rieur du non-sens soulevé mis en jeu par un tiers –, stupéfier et illuminer.
Pour Lacan, le grand Autre dit : « Ceci est le trait d’esprit ». Par la métaphore de la flèche qu’il évoque, il spécifie la vitesse et la précision de ce qui arrive, au bon moment et au bon endroit, et nous met dans le rapport le plus direct avec l’inconscient freudien.
Ce que Lacan authentifie, pour sa part, cinquante ans plus tard : « C’est ainsi que j’ai fait bailler trois mois, à en décrocher le lustre dont je croyais l’avoir une fois pour toutes éclairé, mon auditoire, à lui démontrer dans le Witz de Freud l’articulation même de l’inconscient ». Witz dont traite abondamment Lacan dans son séminaire 1957-58, livre V, Les formations de l’inconscient.

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